Adulte plus

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社会人 “société + homme” est une expression qui m’a toujours intrigué. Pris littéralement et dans un monde idéal, le terme s’applique à tous les citoyens. Mais le dictionnaire japonais de mon dictionnaire électronique donne la définition suivante : “une personne qui a quitté le nid familial ou le système scolaire et qui vit au sein de la société”. Ce que le dictionnaire japonais - français résume en : “adulte qui gagne sa vie”. Je vous l’accorde, il n’y a jusque-là rien de très intriguant. En fait, ce qui m’intrigue c’est l’usage qui en est fait et les implications qui en découlent.
En tant qu’adulte plus…
Au Japon, on devient légalement adulte à 20 ans. C’est en principe l’occasion de prendre conscience de sa place dans la société et de ses responsabilités. Malheureusement, certains voient surtout cela comme la possibilité de pouvoir enfin fumer et boire au grand jour quand ce n’est pas l’occasion de faire l’imbécile pendant 成人式 “la cérémonie du passage à l’âge adulte”. Une deuxième chance se présente 社会人として “lorsqu’en tant qu’adulte qui gagne sa vie” on se doit d’admettre que 責任がある “l’on a une part de responsabilité” en ce qui concerne X ou Y. Le catalyseur de cette soudaine prise de conscience unanime n’est autre que la société à laquelle on 所属する “appartient”.
Méta société
Je ne vous apprends sans doute rien en vous disant que la vie au Japon est organisée autour de diverses structures sociales. Je suis non seuleument フランス出身 “né en France” mais aussi 東北大学出身 “né à l’université Tohoku”. Il s’agit bien du même 出身 “sortir + corps”. Un 社会人 “adulte qui gagne sa vie” se présentera problablement comme le produit de son père universitaire et de sa mère 会社 “entreprise”. Personnellement, c’est une notion que j’ai du mal à assimiler car je pense que l’on est avant tout le produit de soi-même. Evidemment, c’est bien plus facile de présenter des parents sociaux connus que de se vendre soi-même.
Ces stars qui font la une
Cette personnification des structures sociales transforme n’importe quel 社会人 “adulte qui gagne sa vie” en star pour les médias japonais. Il suffit d’avoir des parents sociaux relativement connus pour que ses moindres erreurs se retrouvent à la une des journaux : Nom prénom 容疑者 “suspect” (âge), Entreprise X 会社員 “employé”. De la potentiellement sérieuse 飲酒運転 “conduite sous l’influence de l’alcool”, au sordide 下着泥棒 “voleur de sous-vêtements”, le moindre délit a ses chances.
Espionnage citoyen
Quand ce n’est pas les médias, cela peut très bien être votre voisine de palier ou même un inconnu ! Voici un exemple concret dont j’ai eu connaissance. Un jeune 社会人 “adulte qui gagne sa vie” a eu le malheur de répondre à son téléphone portable dans le train. C’est interdit. Le lendemain, il s’est fait réprimander par un supérieur hiérarchique mis au courant par un appel anonyme. Je vous donne un autre exemple pour illustrer que cela ne se limite pas aux adultes qui gagnent leur vie. D’une manière générale, les commerçants qui surprennent un étudiant en train de 万引きする “voler à l’étalage”, ne téléphonent ni aux parents, ni à la police mais à l’établissement scolaire que le coupable fréquente.
Cette double notion de responsabilité (familiale et sociale) a certainement un rôle significatif dans le faible taux de criminalité du Japon (~2 crimes pour dix-mille habitants contre ~61 crimes pour mille habitants pour la France en 2006). Cependant, ce système n’est pas sans inconvénients. Je pense à une marginalisation exacerbée des laissés-pour-compte, à une déresponsabilisation des parents ou bien à une restriction de la liberté individuelle à cause d’un amalgame entre identité sociale et individuelle. Que pensez-vous de cet aspect de la société japonaise ?
Cet article a été posté le 3 05 2007 à 6:00 am. Il est classé dans les catégories suivantes : Société.
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Quel article!!! et en pleine présidentielle française
Un style d article dont je suis très friand et qui donne l occasion d un véritable témoignage sur la société japonaise.
Quand tu parles de cet aspect de la société japonaise, en parles tu en tant que français Kenji ? c’ est à dire comme un citoyen issue d une nation écrite en liberté égalité fraternité …..
Cet article permet déjà de mieux comprendre comment l’ on crée les conditions de la depression d une société qui mise sur la peur et la non confiance….
Comme tu le dis justement , le prix en est les laissés pour compte et ils sont nombreux cachés dans les parcs de Tokyo…..Tandis qu en France le collectif Donkichote à permis l ouveture d un vilage de l’ espèrance et des relogements.
Quand à la liberté individuelle japonaise elle ne epeut exister et pour cause !!! c est une société basée sur l esprit collectif où l individualité n est pas tolérée et où l individu ne doit pas exprimer son esprit critique à part sous tutelle des traditions japonaises.
Merci de ce témoignage qui reflete ce que j ai ressenti lors de mon 2éme voyage au japon et qui m a déçu de ce Pays.
On comprends à son retour les richesses de la France qui nous parraissaient normales et acquises de tous..
commentaire: 4 May 2007 — 2:57 | Lien permanent
Merci pour ce commentaire Abdel.
“Quand tu parles de cet aspect de la société japonaise, en parles tu en tant que français Kenji ? c’est à dire comme un citoyen issue d une nation écrite en liberté égalité fraternité.”
Je suppose que oui même si la France que j’ai quitté il y a déjà plus de 5 ans n’est plus tout à fait la même. Ceci dit, dans la réalité on est relativement loin de “liberté, égalité, fraternité” en France. Mais effectivement l’aspect fraternité me semble plus présent en France. Il faudrait que je fasse des recherches sur la situation sur le sujet pour le Japon.
“Quand à la liberté individuelle japonaise elle ne peut exister et pour cause !!! c est une société basée sur l esprit collectif où l individualité n est pas tolérée et où l individu ne doit pas exprimer son esprit critique à part sous tutelle des traditions japonaises.”
C’est un peu fort comme jugement mais il y a certainement un peu de cela parfois. Ceci dit, tout le monde ne se plie pas. J’ai même l’impression que c’est ce un peu ce qu’on attends de nous, les “étrangers”
commentaire: 4 May 2007 — 6:47 | Lien permanent
J’ai 2 voyages au Japon au compteur pour l’instant et voilà ce que j’ai pu ressentir sur place: oui le collectif prime sur l’individu, ce qui peut aboutir à des excès (les SDF pour lesquels personne n’a de compassion) mais assure une paix sociale à la quasi-totalité. Les gens ont tous de réels sens d’appartenance (à la famille, le pays, l’école, l’entrprise, …), ce qui manquent à beaucoup de gens des pays occidentaux (comme moi). La France a bien pour leitmotiv “Liberté, Egalité, Fraternité” mais force est de constater quotidiennement que tout ceci reste lettre morte.
Et puis je préfèrerais subir la honte publique en cas d’infraction et que ma copine puisse prendre le métro seule sans risque à 1 heure du matin que de vivre avec un taux de criminalité 30 fois supérieur à celui du Japon.
commentaire: 7 May 2007 — 19:17 | Lien permanent
C’est vrai que c’est un cas assez particulier de société pour nous francais. Mais il faut avouer que la différence de penser entre nos deux nation est assez forte. Mais il faut remarquer que Durkheim avait raison plus il y a de pression sociale sur l’individu, plus il y a de suicide. L’idéal serai peut etre la rigueur Japonnaise mélée à l’utopisme liberal et égalitaire Francais.
commentaire: 8 May 2007 — 2:02 | Lien permanent
Karim :
Pour ce qui est de la sensation d’appartenance, je mettrai juste un bémol concernant le pays. Le gouvernement a montré son inquiétude sur le sujet en publiant une ligne de conduite à destination des institutions publiques et des entreprises (hymne national, levée du 日の丸 HiNoMaru drapeau japonais…). Sinon je partage ton avis sur la sécurité, c’est vraiment un plus indéniable du Japon par rapport à la France. Je le réalise encore plus qu’en je rentre en France (hélas, pas très souvent) dès la montée dans le RER pour Paris depuis l’aéroport…
Nesus :
Tu as sans doute raison concernant le rôle de la société japonaise dans les fort taux de suicides au Japon.
commentaire: 8 May 2007 — 5:43 | Lien permanent
Bonjour,
article très intéressant. Cela m’ a fait penser à mon service militaire. Si une “bêtise” était faite, la sanction était “double”, immédiate et puis après dans la caserne. Y avait il moins de faits réalisés pendant le service nationale ? Un sentiment d’appartenance plus importante à la collectivité, à la nation, et donc moins d’individualité ?
Je ne sais pas, peut-être, existe t il des statistiques sur ce sujet.
Cela rejoint aussi le sujet plus politique de la double peine pour les étrangers (peines individuelle et collective d’appartenance à une nation). Effet dissuasif ?
à méditer
bonne journée
Orcadis
commentaire: 8 May 2007 — 23:37 | Lien permanent
Cet article est super interessant. en fait, etant en couple avec une japonaise, j’ai deja eu des discussions assez tenaces avec elle a ce sujet. bien sur elle a tout a fait conscience des contraintes de ce systeme et respecte l’identite uindividuelle d’autant plus qu’elle s’est frottee a d’autres cultures. Mais elle prend ces pricipes cimme un ancrage comportemental de reference. De mon cote je la comprend et admet ces principes. Mais les choese ne sont pas aussi simples et la comprehension ne suffit parfois pas a l’application sans broncher…
Je pense que c’est ce qui fait dire a plus d’un japonais que les francais sont parfois ed grands enfants. Je sais qu’ici, faire la grimace parcequ’on aime pas ce qu’il y a dans son assiette ou plus simplement perdre son sang froid sont passibles de la mise a l’ecart. Je suis un en train de caricaturer mais apres quelques mois ici j’ai compris que se montrer calme et attentif en toutes circonstances etait une condition pour attirer la sympathie de ses collegues ou amis. Ca fait aussi partie de cette identite sociale. La responsabilite est une valeur importante ici et si on l’oublie on peut vite avoir des comportements decries par les autres.
commentaire: 10 May 2007 — 16:13 | Lien permanent
Paragraphe 1
“jusque là ” (jusque-là)
“ce qui m’intrique” (m’intrigue)
Paragraphe 2
“certains voit surtout” (voient)
“à l’age adulte”. ” (âge)
“所属する ” (ShoZoku)
Paragraphe 3
“Personellement” (personnellement)
Paragraphe 5
“D’une manière général” (générale)
” ne téléphone ni ” (téléphonent)
“Que pensez vous” (pensez-vous)
commentaire: 13 May 2007 — 22:26 | Lien permanent
Bonjour !
Marié à une Japonaise, je vais tous les ans 2 mois au Japon. Ce qui semble primer au Japon, c’est la forme. On ne peut pas savoir ce que pensent les gens, s’ils se comportent de façon polie et disciplinée par respect pour la hiérarchie et l’ordre dans lesquels ils sont inscrits dès leur naissance, ou s’ils obéissent aux codes parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas intérêt à faire autrement. Toujours est-il que le respect de la forme maintient un sentiment d’uniformité, lorsqu’on se promène dans les rues. On sent que chaque chose a se place, que chacun joue son rôle. Dans une société, je pense que les gens doivent obéir au devoir, ou à la force. On adhère à une communauté par responsabilité ou par contrainte. Pour ce qui est du Japon, on ne peut pas trancher de façon globale, il doit bien y avoir des personnes qui aimeraient donner un coupe de pied dans la fourmilière. Mais il n’en reste pas moins que cette harmonie qui règne au Japon me fait du bien, chaque fois que l’on y va. En France, tendez l’oreille: amusez-vous à compter le nombre de fois où vous entendez “Moi, personnellement, je pense que…”. Trois marques de la 1ère personne en quelques mots. C’est le mal occidental, ça, l’égo surdimensionné. Il faudrait davantage de modestie et se rappeler que l’individu est remplaçable et que ce qui est bon pour le groupe est bon pour la communauté.
commentaire: 20 May 2007 — 16:58 | Lien permanent
salut anpanman,
je crois que je comprend l’idée que tu veux développer mais parler de “fourmilière” est un gros raccourci. En appronfondissant un peu on se rapidement compte que derriere des façons d’être qui peuvent paraître similaires, les japonais ne sont pas nécessairement formatés dans un moule de modestie etc.
en fait le masque social éxiste aussi bien en France. On sait que si on adopte cette façon d’être plus qu’une autre, on aura plus de chances de faire sa place dans le groupe…
Après quelques temps au Japon on se red bien compte que les gens développent des personalités différentes. La fierté ou l’arrogance peuvent s’exprimer de différentes façons. Il y a des gens super sympas et il y en a qui le sont moins. Pas toujours besoin de dire “moi je ” pour le faire sentir à son interlocuteur.
peutèêtre que pour ces choses les français sont plus “bourrins” et transparents…
commentaire: 21 May 2007 — 7:49 | Lien permanent