Bestiaire du Japon : Tsuchi no ko 日本語 english



Photo: Le musée des chimères
(C) Emoto Hajime

Voici le deuxième article de cette série consacrée aux créatures imaginaires du Japon. Le premier numéro s’intéressait aux 河童 (KapPa) “Kappa”. Cette fois il s’agit d’une créature appelée 槌の子 (Tsuchi No Ko) “tsuchi no ko” ou encore バチヘビ (BaChiHeBi) “serpent à courte queue” dans la région Tohoku (Est-Nord).



Photo: Shimokitayama Tsuchinoko Republic
(C) Nozaki

J’ai longtemps cru qu’il s’agissait de 土の子 (Tsuchi No Ko) “l’enfant de la terre” mais il n’en est rien. En fait, le Kanji utilisé est assez peu courant : (Tsuchi) “marteau”. La traduction littérale est donc moins exotique : “petit marteau”. Cependant, l’écriture en katakana ツチノコ (TsuChiNoKo) “tsuchi no ko” semble plus courante.

Serpent-marteau



Photo: Le musée des chimères
(C) Emoto Hajime

Le tsuchi no ko est généralement décrit comme un serpent de 30 à 60 centimètres mais avec un corps de forme cylindrique disproportionné (diamètre de 7 à 15 centimètres). La tête de forme triangulaire semble fixée sur le “manche” et l’ensemble évoque un marteau utilisé pour battre (Wara) “la paille de riz”. La peau serait 斑紋 (HanMon) “tachetée” et 黒褐色 (Kuro KasShoku) “de couleur noir-marron”. Il posséderait aussi un venin d’une virulence semblable à celui de マムシ (Mamushi) “la vipère”.



Photo: Shimokitayama Tsuchinoko Republic
(C) Nozaki

Si la plupart des témoignages sont d’accord sur la ressemblance avec un serpent, les avis divergent quant à son mode de déplacement. Le tsuchi no ko se déplace en 身をくねらせる (Mi Wo KuNeRaSeRu) “tortillant son corps” soit comme un serpent, soit comme 尺取虫 (ShakuToriMushi) “une arpenteuse”. Enfin, le tsuchi no ko serait capable de sauter à plus d’un mètre.


D’autres personnes affirment que le ツチノコ (Tsuchi No Ko) “tsuchi no ko” possède un corps relativement plat avec une échine légèrement saillante et que la tête serait plate et de forme triangulaire. Enfin, pour une raison qui me dépasse, de nombreux témoignages mentionnent que le tsuchi no ko est un amateur de saké. Je ne peux m’empêcher de me demander si les témoins n’avaient pas partagé cette même passion un peu avant leur rencontre avec un tsuchi no ko.

Quelques pistes



Photo: (C) Dragon Searcher

De nombreux experts ont émis l’hypothèse que le tsuchi no ko ne serait pas un (Hebi) “serpent” imaginaire mais un トカゲ (ToKaGe) “lézard”. En particulier, un アオジタトカゲ (AOJiTa ToKaGe) “lézard à langue bleue”. Une des particularités de ce lézard est qu’il possède de très petite pattes. Ce lézard est originaire d’Indonésie et d’Australie mais fut introduit sur le territoire japonais comme animal domestique à partir de 1970. Ceci expliquerait l’augmentation des 目撃 (Mokugeki) “témoignages” dans les années 1970. Cependant ce lézard est incapable de faire le moindre bond.

Une autre hypothèse explique que le tsuchi no ko ne serait rien d’autre qu’un serpent ayant avalé une proie particulièrement grosse. Les motifs et la couleur de la peau du tsuchi no ko sont en effet identiques à ceux de certains serpents japonais. Notamment, ヤマカガシ説 (YaMaKaGaShiSetsu) “la thèse de la couleuvre (Montagne - Margousier - Serpent)” et マムシ説 (MaMuShi Setsu) “la thèse de la vipère”.

Ses origines


Il semble que les plus anciennes références de tsuchi no ko sont celles qui figurent dans le 日本書紀 (NiHonShoKi) et le 古事記 (KoJiKi) sous le terme ノヅチ (NoDuChi) “Nodzuchi”. Aussi, une entrée lui est consacrée dans 和漢三才図絵 (WaKanSanSaiZuE) “l’encyclopédie illustrée Sino-Japonaise des Trois Plans”. Ce remarquable ouvrage, entamé en 1712, traite en 105 volumes des choses de la Chine et du Japon suivant les trois catégories élémentaires : 天・人・地 (Ten Jin Chi) “Divin, Humain, Terre”.

1 million de yens



Photo: Shimokitayama Tsuchinoko Republic
(C) Nozaki

Enfin, de nombreuses villes offrent une récompense pour la capture d’un spécimen de tsuchi no ko. Ainsi, 岐阜県東白川 (GiFuKen HigashiShiraKawa) “la localité Higashi-ShiraKawa de la préfecture de Gifu” organise つちのこフェスタ (TsuChiNoKo FeSuTa) “un festival tsuchinoko” avec une prime d’au moins 1 million de yens. Le festival a lieu chaque année lors de 憲法記念日 (KenPôKiNenBi) “la célébration de la Fondation” (3 mai). L’origine de ce festival remonte à il y a une dizaine d’années. Il est dit qu’un tsuchi no ko fut enterré sur les lieux et qu’un sanctuaire shintô fut secrétement érigé pour le vénérer. La localité attire de nombreux curieux et évolue petit à petit vers un véritable marché touristique.

10 réponses

  1. Adeline a écrit:

    Ton site est vraiment super j’adore le japon et ici j’apprends plein de trucs! Qu’es-ce que j’ai envie de visiter ce pays si seulement je pouvais…snif!

    commentaire: 8 October 2006 — 7:29 | Lien permanent

  2. K-Lach a écrit:

    Salut Kenji !!

    Alors, ce demenagement ?? Tu te sens mieux dans ton nouveau chez toi ??

    Sinon, pour en revenir au sujet, j’en ai jamais entendu parle de cette bebette …
    SI j’avais su, j’en aurai fait la chasse et j’aurai le million :-)
    Domage

    K

    commentaire: 9 October 2006 — 5:57 | Lien permanent

  3. Kenji a écrit:

    “Qu’es-ce que j’ai envie de visiter ce pays si seulement je pouvais…” (Adeline)

    Vouloir c’est pouvoir !
    C’est facile à dire, mais la réalisation de ses rêves ne tient qu’à soi.

    Alors, ce demenagement ?? Tu te sens mieux dans ton nouveau chez toi ??

    C’est bien plus confortable ici mais Sendai avait vraiment beaucoup d’avantages. Comme on dit ici 住めば都 (SuMeBa Miyako).

    commentaire: 9 October 2006 — 7:10 | Lien permanent

  4. kosmos a écrit:

    Vouloir c’est pouvoir, certes, mais on ne peut pas toujours, du moins de suite. Je suis une étudiante fauchée, donc, je veux, mais je peux pas XD
    Mais j’irai, ça oui! ^^

    Très bon blog, que je suis depuis un petit moment, au fait. ;-)

    commentaire: 9 October 2006 — 19:56 | Lien permanent

  5. Kenji a écrit:

    “Je suis une étudiante fauchée, donc, je veux, mais je peux pas XD” (Kosmos)

    C’est parfait ;-) Profite de cette période pour construire le chemin qui te permettra de réaliser ce projet: documentation, orientation (branche ou la demande est/sera forte au Japon), recherche de stages, étude du japonais mais aussi de l’anglais (TOEIC)… Même si le projet ne se réalise pas de suite, tu auras de nombreuses cartes en main pour ton avenir.

    Courage !

    commentaire: 11 October 2006 — 6:02 | Lien permanent

  6. Tlax a écrit:

    De l’écoulement du temps:

    3 consonnes escamotées (passé)(8 10 2006)
    3 consonnes repérées (présent) (12 10 2006)
    3 consonnes restaurées (futur) (?? ?? ????)

    Bon, les 3 consonnes en question:
    “disproportioné” (disproportionné)
    “tortillant son corp” (corps)
    “une dizaine d’année” (années)

    Ah!!! Je viens d’en repérer une autre à la dernière minute:
    “de certains serpent japonais” (serpents)
    Oui, encore un “s”!
    Apparemment, une autre créature sévit au Japon : le miam-consonérus (il infiltre le web nippon et se sustente de consonnes - mets (”pas touche au s”) rare dans cette contrée ; il a une prédilection pour les s).Mais heureusement le tlax-corigarus veille. Je te vaincrai ignoble glouton!!!

    La suite au prochain épisode …

    commentaire: 13 October 2006 — 6:11 | Lien permanent

  7. Kenji a écrit:

    Sur cet article là, il doit y avoir une bonne poignée de fautes !
    J’avoue je ne me suis pas relu une seule fois…

    Ce sera pour ce weekend ;-)

    commentaire: 13 October 2006 — 6:16 | Lien permanent

  8. Joannie a écrit:

    Salut Kenji,

    J’écoute souvent ton podcast, alors je suis venue voir le site. Tes récits me donnent envie d’apprendre le Japonnais. Je trouve ça tellement intéressant la façon dont l’association de plusieurs caractères donne un mot.
    Dommage que je ne vois pas les caractères (kanji?) à l’écran, je ne vois que des ???

    Merci pour ton honorable travail.

    bonne continuation

    Joannie

    commentaire: 1 November 2006 — 5:18 | Lien permanent

  9. Kenji a écrit:

    Bonjour Joannie,

    Merci pour ce commentaire et pour ta fidélité au podcast.

    Pour voir les caractères japonais, il faut installer la police de caractères japonais. Par exemple, en visitant cette page avec une version récente d’Internet Explorer, une boite de dialogue devrait s’afficher et te permettre de télécharger la police de caractères japonais.

    Si ce n’est pas le cas, il faut se rendre sur Comme ça du Japon et passer par le menu Afficher, puis Encodage, et Japonais (sélection automatique) afin de forcer la détection de la langue. Enfin, il faut cliquer sur le bouton télécharger et redémarrer IE.

    Si ça ne fonctionne pas, il y a plus d’explications ici pour différents navigateurs et systèmes d’exploitation.

    commentaire: 1 November 2006 — 5:36 | Lien permanent

  10. Bestiaire du Japon N.3 : Issie » Comme ça du Japon a écrit:

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