Archive for March, 2005

“Avoir un an au Japon”

Saturday, March 26th, 2005

IsShô Mochi

Par le passé, on ne fêtait pas chaque anniversaire au Japon. Seulement les plus importants l’étaient : le premier anniversaire, 還暦 (KanReki) “soixantième anniversaire”, etc. Le premier anniversaire est particulièrement important car c’est l’occasion de remercier les divinités qui ont veillé sur le bébé. A cette occasion, il existe une vieille coutume qui s’appelle 一升餅 (IsShôMochi) “1.80391 kg de gâteau de riz”. Comme souvent, l’appellation est différente suivant les régions : 一生餅 (IsShôMochi) “gâteau de riz pour une vie”, 背負餅 (ShoIMochi) “gâteau de riz à porter sur le dos”, 立ち餅 (TaChiMochi) “gâteau de riz sur lequel on se tient debout”, 誕生祝い餅 (TanJô IwaI Mochi) “gâteau de riz d’anniversaire”, 踏み餅 (FuMiMochi) “gâteau de riz à fouler”, 転ばせ/し餅 (KoroBaSe/Shi Mochi) “gâteau de riz qui fait tomber” et bien d’autres encore. Les (Mochi) “gâteaux de riz” sont au nombre de deux, l’un de couleur rouge et l’autre blanc. On peut y lire le kanji (Shuku / Iwa.u) “célébrer”. S’agissant de 一升餅 (IsShôMochi), le poids total est de 1.80391 kg.

L'enfant doit porter les IsShôMochi

La symbolique du 一升餅 (IsShôMochi) est plus facile à expliquer avec l’écriture suivante 一生餅 (IsShôMochi) “un gâteau de riz pour une vie entière”. Derrière cette coutume se cache l’idée de demander la bienveillance des dieux afin que l’enfant n’ait jamais de problème au niveau de la nourriture. Si le nom donné à ces gâteaux de riz varie suivant les régions du Japon, il en va de même pour le rite lui même. Le rite le plus répandu consiste à faire porter les deux 紅白餅 (KôHakuMochi) “gâteaux de riz rouge et blanc” à l’enfant. On les place tout d’abord dans un 風呂敷 (FuRoShiki) “tissu carré servant à envelopper des objets”. L’enfant porte alors les (Mochi) sur son dos. Il va sans dire que souvent le bébé pleure, non pas à cause du poids mais plutôt parce qu’il ne comprend pas ce qui se passe.

Dans les régions où l’appellation 転ばせ餅 (KoroBaSeMochi) ou 立ち餅 (TaChiMochi) est utilisée, le rite est le suivant. Pour un bébé qui a des difficultés à se tenir debout, il est dit que le faire tenir debout sur les gâteaux de riz lui permettra de trouver son équilibre plus rapidement. Pour un bébé qui arrive déjà à marcher debout, on lui fait porter les gâteaux de riz et on essaye, gentiment, de le faire tomber. La raison étant que les parents craignent que l’enfant qui grandit trop vite ne quitte le foyer prématurément.

Enfin, on coupe les gâteaux de riz en petit morceaux que l’on fait mijoter pour préparer お雑煮餅 (OZôNiMochi) “bouillon avec du gâteau de riz”. On le déguste avant de passer au gâteau d’anniversaire et à la remise des cadeaux.

“Séisme près de Fukuoka (6-)”

Sunday, March 20th, 2005

Séisme près de FukuOka (KyûShû) 6- sur l'échelle japonaise

Le dimanche 20 mars 2005 à 10:53, un violent tremblement de terre a eu lieu dans la région de 九州 (KyûShû) à 福岡 (FukuOka) au sud du Japon. La magnitude du séisme a été estimé à 7.0, son centre est situé à 9 km de profondeur, à proximité de 玄界島 (GenKaiJima) et non pas à 40 mètres de notre journaliste total Yvan. Cela dit, ça ne change certainement pas grand chose au final. Comme Yvan nous l’avait déjà appris, 九州 (KyûShû) est une zone plutôt calme habituellement. En atteignant le 6- sur l’échelle japonaise des séismes, il s’agit de la première secousse qui dépasse le ‘5-’ depuis le début des mesures sismiques dans la région.

Si l’île 玄界島 (GenKaiJima) (~700 habitants) fut la plus touchée, les dégâts furent surtout matériels avec 50 habitations complètement détruites et 9 blessés. Selon les informations du JT de 20h, il y a eu un décès et 386 blessés au total. S’agissant d’un séisme peu profond, les répliques seront vraisemblablement nombreuses. Entre 10h53 et 20h00, il y a déjà eu pas moins de 80 répliques. Dans la très grande majorité des cas, l’intensité des répliques va en diminuant mais une secousse plus importante n’est pas exclue.

Vous trouverez des vidéos du séisme de Kyûshû Fukuoka 2005/03/20 dans le blogtorrent (supprimé depuis). J’ai aussi mis quelques sous-titres sur une des vidéos.

“Bombardement de Tôkyô”

Thursday, March 10th, 2005

Un B29 décollant de la base de Manille

Le 9 mars 1945 vers 22h30 quelques B29 s’apprêtent à pénétrer l’espace aérien de 東京 (TôKyô). L’alerte aussitôt donnée, les habitants se réfugient dans les 防空壕 (BôKûGô) “abris” mais les forteresses volantes américaines font demi-tour. C’est sans doute avec un certain sentiment de soulagement que les habitants de Tôkyô se sont endormis cette nuit là.

Un abri contre les bombardements à Tokyo

Soudain, des cris 火事、火事だ! (KaJi Kaji Da) “Au feu ! Au feu !” se font entendre au coeur de 東京 (TôKyô) dans le quartier 下町 (ShitaMachi). En ces temps troublés, les cauchemars, reflets de la dure réalité quotidienne, hantent les esprits nuit et jour mais le bruit strident caractéristique ne laisse plus le moindre doute. Il s’agit d’un bombardement. Pourtant, les sirènes sont muettes. Chacun se réfugie dans les 防空壕 (BôKûGô) “abris”, simple trou recouvert d’une plaque.

Grand bombardement de Tokyo le 10 mars 1945

Le bombardement s’intensifie mais les bruits d’explosions sont plus sourds que les autres fois. Intrigués, de nombreuses personnes sortent des abris. La ville est en feu ! Il semble alors prudent de sortir de l’abri et de se réfugier soit dans les quelques bâtiments de béton, soit dans la rivière toute proche.

Les bâtiments en béton étaient des établissements publiques. Ici, il s'agit d'une école

Or, cette nuit là, un vent très fort, de l’ordre des 20 à 30 mètres par seconde, attisait les flammes. Ce sont de véritables tornades de feu qui envahissent les bâtiments de béton. Les personnes venues s’y réfugier, sont asphyxiées.

Seul souvenir restant d'une mère : le kimono que portait son enfant, mort de froid

Ceux qui s’étaient jetés dans les rivières pour fuir la fournaise, ne sont pas épargnés. En effet, L’eau de la rivière est glaciale et de nombreux enfants et personnes âgées meurent de froid.

Liste d'une partie des victimes du grand bombardement de Tokyo le 10 mars 1945

L’attaque fut menée à 00h08 par 344 B29 emportant le strict nécessaire en kérosène afin d’embarquer 2000 tonnes de bombes. Les premiers appareils larguèrent des dispositifs de brouillage pour mettre hors fonction le système de détection d’intrusion japonaise. Dans le but d’augmenter la précision du bombardement, les B29 volaient à basse altitude. Le premier escadron largua du napalm dans le but de couper toute retraite. Ensuite, les autres escadrons entamèrent le bombardement avec des bombes incendiaires. Les bombes utilisées furent spécialement conçues contre les habitations japonaises, encore majoritairement en bois à l’époque. Le bombardement dura 2 heures et 30 minutes. Il est dit aussi que les tourelles mitrailleuses des forteresses volantes furent utilisées contre les civils tentant de fuir.

Le quartier avant le bombardement

C’est un peu plus d’un tiers de 東京 (TôKyô) soit 40km2 qui furent ravagés par le feu. Les pertes humaines s’élevèrent à 10万人 (Jû Man Nin) “100000 personnes” et autant de blessés ou grands brûlés. Le nombre de bâtiments anéantis par les flammes dépassa 270000.

Le quartier avant le bombardement

En 1985, le gouvernement japonais instaura 東京大空襲集会記念 (TôKyô DaiKûShucirc; ShûKai KiNenBi) “le jour du souvenir du grand bombardement de TôKyô”, afin de ne pas oublier l’importance de la paix et les atrocités de la guerre.

“Réussir coûte que coûte !”

Monday, March 7th, 2005

Encouragements d'une écoles de soutien aux candidats passant un examen d'admission

Au Japon, les années scolaires débutent en avril. La période s’étalant entre la fin du mois de février et le début du mois de mars est appelée 受験シーズン (JuKen Shi-ZuN) “La saison des examens”. Pour les établissements scolaires privés, les universités et les collèges les plus renommés, l’admission se fait sur concours et la compétition est sévère. Le mot d’ordre est 必勝 (HisShô) “La victoire coûte que coûte”.

un Juku 'établissement de soutien scolaire'

Les nombreux (Juku) “établissements proposant des cours de soutien” en profitent largement. Les candidats les moins aisés se cloîtrent dans leur chambre et bûchent nuit et jour. C’est encore plus vrai pour les candidats ayant échoué l’année précédente pour qui c’est 今度こそ (KonDo KoSo) “la prochaine fois ou rien” et peu importe les sacrifices. Certains vont même jusqu’à mettre leur vie sentimentale en pause jusqu’au jour de l’examen. Ils se qualifient eux-mêmes de 浪人 (RôNin) “chevaliers errants”.

Prospectus pour des cours de soutien de Yoyogi séminaires

Pour vous donner une idée des prix pratiqués par un (Juku) “établissement de soutien”, j’ai feuilleté les prospectus de 代々木ゼミ (YoYoGi ZeMi) “séminaires Yoyogi”. Sur l’enveloppe contenant pas moins de 8 dépliants, on peut y lire 受験 (JuKen) “passer un examen” mais sans la partie (Mata) “ou alors, ou bien” : c’est en quelque sorte la réussite assurée. Il y avait aussi une autre enveloppe avec un kanji imaginaire, combinaison de (Mi) “corps, personne” et (Chikara) “force” : 力が身につく (Chikara Ga Mi Ni TsuKu) “assimiler + force, énergie”. Parmi les nombreux documents, Il y a une liste des universités les plus cotées avec les 偏差値 (HenSaChi) “écarts types” ! C’est à dire que pour espérer intégrer telle université, il faut réussir à se démarquer d’autant par rapport aux autres candidats. Le système d’éducation du Japon attache une grande importance aux 偏差値 (HenSaChi) “écarts types”. Un rapide coup d’oeil aux tarifs de “Yoyogi Zemi” révèle que pour les universités les plus renommés, les frais atteignent presque les 100万円 (Hyaku Man En) “1.000.000 Yens” pour une année de cours de soutien.

Arrivée des candidats à l'université de Tohoku à Sendai

Récemment, des examens d’entrée dès la maternelle pour les écoles privées ont fait leur apparition. L’examen est souvent doublé d’un entretien avec les parents. Pourquoi le Japon en est-il arrivé à cela ? Il faut dire que le rôle des parents en tant que soutien scolaire ne trouve pas souvent sa place dans la société japonaise. Le travailleur japonais est loin des 35 heures par semaine, et les nombreuses heures perdues dans les transports en commun n’arrangent en rien la situation. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les (Juku) “établissements de soutien scolaire” et les écoles privées connaissent une telle prospérité.

L’expression du jour :

  • 身につける (Mi Ni TsuKeRu) “assimiler quelque chose”. Exemple : 日本語を身につける (NiHonGo Wo Mi Ni TsuKeRu)
    “assimiler le japonais”